3 avril 2026

6 leviers pour un urbanisme favorable à la santé 

S’émanciper de la seule question de l’offre de soins  

Penser le changement Santé environnementale & planétaire
Yann MOISAN

Mobilités actives, espaces verts, cohésion sociale, vulnérabilités, participation et suivi : voici six leviers essentiels pour concevoir des espaces plus sains, inclusifs et agréables à vivre. 

L’urbanisme peut être un formidable levier de santé publique… à condition d’aller au‑delà de la seule question de l’offre de soins. En effet, les Évaluations d’Impact sur la Santé (EIS) et les démarches d’Urbanisme Favorable à la Santé (UFS) montrent que ce sont les conditions de vie, les mobilités, les espaces publics, les environnements physiques et sociaux qui façonnent la santé au quotidien.  

À partir de nos retours d’expérience, nous dégageons 6 leviers majeurs pour réussir un Urbanisme Favorable à la Santé. 

1. Croiser l’ensemble des déterminants de santé 

Un projet urbain ne se limite pas à la technique : il agit sur la cohésion sociale, les mobilités, l’accès aux services, le développement économique, les espaces verts, etc. L’EIS invite à prendre en compte l’ensemble des déterminants de santé pour éclairer les arbitrages et renforcer les effets positifs des projets.  

L’idée centrale : ne pas séparer les enjeux de santé de ceux de l’attractivité territoriale par exemple, mais les considérer comme un système interdépendant. 

2. Mettre les publics vulnérables au centre 

Nous ne sommes pas tous égaux face aux impacts environnementaux et sociaux. Les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou en grande précarité sont plus exposés et plus sensibles aux nuisances (pollution, bruit, chaleur, configuration des espaces). 

Les expositions précoces chez les enfants (pollution de l’air, bruit, conditions socio-économiques) ont des effets immédiats et à long terme sur la santé. 

Un urbanisme favorable à la santé réussit part des besoins de ces publics vulnérables, pour concevoir des espaces réellement inclusifs. 

3. Promouvoir les mobilités actives et l’accessibilité universelle 

Les mobilités actives (marche, vélo, trottinette…) sont identifiées comme un levier majeur de santé, combinant activité physique, sociabilité et réduction des nuisances. 

L’objectif est de créer des parcours sûrs et agréables, accessibles à tous, qui donnent envie de se déplacer à pied ou à vélo et facilitent l’accès aux équipements (école, parc, commerces, services). 

4. Renforcer la cohésion sociale via des espaces publics conviviaux 

Les espaces publics sont décrits comme des leviers structurants de cohésion sociale et de bien‑être. Une place de mairie, un parc, un parvis, ne sont pas que des surfaces : ce sont des lieux de rencontre, d’animation, de visibilité des activités locales. 

Un espace public largement occupé par la voiture, peu lisible, sans mobilier ni ombre, a tendance à décourager la sociabilité et renforcer un sentiment de vide ou d’insécurité. À l’inverse, des espaces pensés pour accueillir différentes pratiques (se poser, discuter, jouer, organiser un marché, un événement culturel…) deviennent des supports de lien social. 

Il est souvent pertinent de créer des espaces de rencontre devant les écoles, de reconfigurer les marchés, de mieux articuler parcs paysagers, commerces et mairie pour renforcer la vie d’un centre‑bourg. 

5. Développer les espaces verts et le confort climatique 

Les espaces verts urbains sont très importants pour la santé : réduction de la pollution, des îlots de chaleur, soutien à l’activité physique, bénéfices sur la santé mentale ou encore réduction du stress. 

Débattre autour de la problématique des arbres, de l’ombre, de la désimperméabilisation des parkings, par exemple, illustrent bien ce levier : comment créer des zones de fraîcheur, des lieux de ressourcement, des continuités entre parc, square et place pour favoriser l’usage et le confort en période de chaleur ? 

Un urbanisme favorable à la santé réussi fait de la végétalisation urbaine un axe stratégique, pas un simple décor. 

6. S’appuyer sur une gouvernance participative et un suivi dans le temps 

Enfin, un des leviers majeurs réside dans la méthode : gouvernance, participation, suivi. 

Les démarches qui réussissent reposent sur : 

  • un comité de pilotage et un comité technique associant élus, techniciens, ARS et acteurs locaux ; 
  • une concertation – co-construction  avec un groupe mixte (habitants, commerçants, associations, services) pour nourrir l’analyse ; comprendre les usages et aller chercher la parole de celles et ceux qui ne se déplacent pas ou plus lors des réunions publiques. 
  • un suivi dans le temps : réunion annuelle, tableau de programmation, indicateurs de mise en œuvre des recommandations. 

En conclusion 

Ces 6 leviers ne sont pas des slogans ni des solutions toutes faites. Elles méritent d’être ajustées, retravaillées selon le contexte d’intervention (secteur littoral, montagnard ou urbain par exemple). Si L’urbanisme influence la santé bien plus largement que l’offre de soins, il ne s’agit pas non plus de minimiser l’importance d’un accès facilité aux professionnels de santé.  Il est ainsi crucial de confronter les déterminants qui conditionnent la qualité de vie, les comportements et l’exposition aux risques en les adaptant à l’identité du territoire et aux besoins des habitants.