3 avril 2026

Comment réaliser une Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) en 4 étapes clés ? 

Entre théorie et pratique 

On vous conseille Santé environnementale & planétaire
Yann MOISAN

Découvrez une méthode structurée en 4 étapes, illustrée par des exemples concrets issus du terrain pour guider vos projets vers un meilleur impact santé. 

L’Évaluation d’Impact sur la Santé (EIS) est une démarche scientifique et collaborative qui vise à éclairer un processus de décision lors d’un projet urbain, en anticipant et documentant les impacts potentiels sur l’ensemble des déterminants de santé. 

Sur le terrain, cette démarche se structure en 4 phases clés. 

Étape 1 – Préparation et cadrage : poser le cadre et les bonnes questions 

En théorie 

La première phase consiste à préparer la démarche et la cadrer clairement : 

  • définir les objectifs de l’EIS : quelles décisions doit-elle éclairer ? 
  • préciser le périmètre thématique, géographique et méthodologique ; 
  • identifier les déterminants de santé à étudier : cohésion sociale, mobilités, espaces verts, développement économique, comportements de vie, etc. ;  
  • mettre en place une gouvernance : comité de pilotage et comité technique ; 
  • si possible, former les acteurs via une formation‑action pour qu’ils comprennent la démarche et puissent y contribuer (ex. COMODEIS).  

Exemple concret 

Sur un projet de réaménagement de place de centre-bourg à L’Isle d’Espagnac, la phase de cadrage a permis de : 

  • clarifier que l’EIS devait éclairer les choix d’aménagement de la place : stationnement, cheminements, espaces verts, marché, etc. ; 
  • définir un périmètre d’étude incluant la place, le parc voisin, l’avenue commerçante, le groupe scolaire et les services de proximité ; 
  • retenir quatre déterminants de santé prioritaires : 
    • espaces verts et nature en ville, 
    • mobilités / accessibilité, 
    • espaces publics et pratiques sociales, 
    • développement économique local ; 
  • lancer une formation‑action afin que les techniciens, élus et partenaires comprennent le rôle et le déroulement de l’EIS.  

Étape 2 – Recueil des données : croiser terrain, data et science 

En théorie 

Une EIS robuste combine trois types de matériaux :  

  • des données de terrain : observations in situ, entretiens individuels, ateliers, balades sensibles, focus groupes, questionnaires, micros-trottoirs ; 
  • des données sociosanitaires existantes : profil de territoire, vulnérabilités, indicateurs de santé, etc. ; 
  • une revue de littérature scientifique sur les liens entre aménagement et santé. 

Cette approche permet de confronter l’expertise d’usage des habitants aux connaissances scientifiques, et de mieux appréhender les vulnérabilités d’un territoire et les inégalités sociales de santé.  

Exemple concret 

Sur la place de centre‑bourg évoquée plus haut, la phase de recueil a été particulièrement riche :  

  • 15 entretiens individuels avec des acteurs ressources : épicerie sociale, médiathèque, association de parents d’élèves, ARS, commerçants, associations sportives, police municipale, gestionnaire d’une résidence seniors ; 
  • une balade sensible avec un groupe mixte (habitants, commerçants, associations, techniciens), pour observer les usages, les ambiances, les obstacles (accessibilité, bruit, circulation…) ; 
  • un microtrottoir réalisé sur le marché ; 
  • deux focus groupes :  l’un pour le diagnostic et la “lecture sensible” du lieu, l’autre pour l’analyse des impacts et la co‑construction de pistes de recommandations. 

Ce dispositif a fait apparaître des attentes très concrètes : besoin d’ombre, de mobilier pour s’asseoir, d’un espace de ressourcement, de lisibilité des cheminements, de sécurisation des traversées, d’un meilleur lien entre école, parc, commerces et mairie. 

Étape 3 – Estimation des impacts : analyser sous l’angle des déterminants de santé 

En théorie 

La troisième phase est au cœur de l’EIS : il s’agit d’estimer les impacts du projet sur la santé, en lien avec les déterminants retenus. Concrètement, cela signifie :  

  • recenser les interventions envisagées : aménagements, réorganisations, nouvelles fonctions ; 
  • analyser, pour chacune, les chaînes de causalité entre le projet et la santé ;  
  • utiliser une grille d’estimation des impacts pour qualifier : le sens (impact positif ou négatif), l’intensité, la probabilité, la temporalité, les populations touchées ; 
  • identifier les effets sur les inégalités sociales de santé.  

Cette analyse croise systématiquement : données terrain, données scientifiques, et expertise des acteurs. 

Exemple concret

Dans l’EIS menée sur la place de centre‑bourg, un modèle causal a été élaboré pour représenter les liens entre : 

  • réaménagement du stationnement, 
  • cheminements piétons, 
  • visibilité des commerces, 
  • accès à l’école, 
  • exposition au bruit et à la pollution sur l’avenue principale. 

Une grille d’estimation des impacts a servi à caractériser les effets positifs et négatifs anticipés du projet sur les différents publics (enfants, personnes âgées, commerçants, usagers du parc, etc.).  

L’analyse montre, par exemple, que certaines hypothèses de réorganisation du stationnement améliorent la sécurité des cheminements et la convivialité, mais peuvent générer des tensions d’accès pour certains commerces si elles ne sont pas accompagnées.  

Étape 4 – Recommandations et suivi : transformer l’analyse en actions 

En théorie 

La dernière phase vise à transformer l’analyse en décisions et en actions. Elle comporte deux volets :  

  • Formuler des recommandations opérationnelles : des propositions concrètes d’aménagement ou d’organisation, hiérarchisées, discutées et priorisées avec les acteurs et parfois déclinées en fiches actions. 
  • Organiser le suivi : définir des indicateurs, prévoir des instances de suivi (par exemple un comité de pilotage qui se réunit chaque année), inscrire les recommandations dans les documents de planification et les futurs marchés. 

Ce point est d’ailleurs crucial : le suivi des recommandations est souvent un angle mort des EIS, et mérite d’être anticipé avec les élus pour garantir la cohérence globale des opérations. 

Exemple concret 

Dans notre EIS exemple, 10 recommandations ont été formulées et déclinées en fiches détaillées, structurées autour de trois axes : 

  • Améliorer les mobilités actives et la sécurité : chemins de l’école, liaisons piétonnes entre parc, place et commerces, cheminement accessible depuis une résidence seniors ; 
  • Renforcer l’attractivité et la convivialité : espace de rencontre devant l’école, reconfiguration du marché, animation autour d’un café, meilleure lisibilité de la place ; 
  • Améliorer les espaces verts et le confort climatique : végétalisation, création de zones d’ombre, désimperméabilisation du parking, requalification du parc. 

Un tableau de programmation a été réalisé pour fixer la trajectoire de mise en œuvre. 

L’EIS prévoit également de pérenniser le comité de pilotage, avec une réunion annuelle pour suivre la mise en œuvre des recommandations, partager les résultats et continuer à mobiliser les acteurs du territoire. 

EIS :  Une méthode éprouvée…  

Réaliser une EIS en 4 phases clés, c’est donc :  

  • Préparer et cadrer la démarche (objectifs, gouvernance, périmètre, déterminants de santé). 
  • Recueillir les données en croisant terrain, données socio‑sanitaires et littérature scientifique. 
  • Estimer les impacts sous l’angle des déterminants de santé et des populations vulnérables. 
  • Formuler des recommandations opérationnelles et organiser le suivi pour que la santé pèse réellement dans les décisions. 

💡 Cette méthode n’est pas théorique : 

Nous l’avons mise en œuvre dans l’Évaluation d’Impact sur la Santé du projet de réaménagement d’une place de mairie en centre‑bourg, financée avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé, et menée dans une démarche  participative. 

Pour voir concrètement comment ces 4 phases se traduisent dans un projet réel, découvrez notre mission EIS pour le réaménagement de la place de la mairie à L’Isle d’Espagnac.  

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